Sous les falaises noires, loin des plages touristiques, une autre île vit au rythme des filets, des marées et des silences salés. Là où le rivage est rugueux, La Réunion garde mémoire d’un monde maritime discret mais essentiel.
🐟 Une île tournée vers l’intérieur ?
Paradoxe. La Réunion est une île. Mais sa culture s’est longtemps tournée vers la terre : les Hauts, les cirques, les plantations.
Le littoral, quant à lui, est souvent escarpé, sans lagon. Les ports naturels y sont rares.
Et pourtant.
Derrière les rochers, nichés dans les anses oubliées, subsistent encore des petits ports sauvages, des cabots de fortune, des hommes et des femmes de mer.
⚓ L’art de caboter : un savoir-faire en voie de disparition
« On ne faisait pas de la pêche au large. Nous, c’était au cabotage. On longeait la côte, pas plus loin qu’on ne pouvait nager. »
C’est ainsi que parlait feu Joseph D., pêcheur de Sainte-Suzanne.
Le cabotage, ici, c’est une pêche côtière, lente, prudente. Sur de petits canots sans moteur, ou avec des moteurs rafistolés, posés à la rame dans la ravine.
🎣 Ils pêchaient le capitaine, la dorade coryphène, la carangue. Mais aussi la sardine péi, l’ourite, les zourites, les bichiques.
Ces hommes-là connaissaient chaque courant, chaque grotte marine, chaque souffle du vent de l’est. Une science transmise à l’oral, rarement écrite.
🛶 Les radeaux de fortune : bric-à-brac flottant
Dans certaines criques — à Saint-Philippe, à Grand-Bois, à l’Anse des Cascades — on trouve encore des radeaux improvisés, faits de bidons, de contreplaqué, de cordes à bananes tressées. Ils flottent à peine. Mais ils tiennent.
Ces radeaux servent à poser les casiers. À traverser une embouchure. À aller "jeter la senne".
Souvent, ils sont cachés entre les rochers, invisibles aux regards pressés.
🌫️ Les petits ports oubliés
Quand on pense « port » à La Réunion, on pense à Le Port (la ville) ou à Saint-Pierre. Mais d’autres, bien plus petits, témoignent d’un passé révolu ou en sommeil.
⛵ Port de la Ravine Blanche (Saint-Pierre)
Autrefois, point de départ des goélettes sucrières.
⛵ L’îlot de Sainte-Rose
Petit quai battu par les vagues, aujourd’hui désert, mais encore utilisé par les pêcheurs de capucins.
⛵ Anse des Cascades
Un port naturel, taillé dans le basalte, quasi mystique au lever du jour.
Ces lieux sont souvent absents des brochures touristiques. Mais ils racontent l’île autrement, avec l’écume et le sel.
🌬️ Des voix qui s’éteignent
Avec la modernisation, les bateaux en fibre, les ports artificiels, et les contraintes réglementaires (zones de pêche, permis, normes sanitaires), le cabotage artisanal se meurt.
Peu de jeunes prennent la relève.
« Aujourd’hui, on pêche au sondeur. Nous, c’était à l’oreille du courant »,
dit Paul, pêcheur de Sainte-Rose.
🌱 Une reconquête possible ?
Certaines associations locales, travaillent à valoriser ces pratiques.
🎯 Objectif :
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transmettre les savoirs,
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créer des circuits culturels maritimes,
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et préserver les micro-ports comme patrimoine vivant.
🧭 Vers un tourisme maritime alternatif ?
Et si, demain, on proposait aux voyageurs une balade en cabot, sans moteur, au lever du jour, avec un pêcheur qui raconte son histoire ?
Et si La Réunion cessait de tourner le dos à sa mer pour se reconnecter à sa façade oubliée ?