Aujourd’hui, traverser La Réunion signifie souvent penser en kilomètres, en routes et en temps de trajet.
Mais avant l’automobile, l’île se parcourait autrement.
Les déplacements étaient plus lents, davantage dépendants des chemins, du relief et des moyens disponibles. Pour comprendre cette époque, il faut presque imaginer une Réunion où la distance se mesurait d’abord avec les jambes, les animaux et le temps.
🥾 Une île parcourue à pied
Pendant longtemps, les sentiers ont constitué des voies essentielles pour circuler entre les habitations, les bourgs et les hauteurs.
Le relief imposait ses contraintes. La route Hubert Delisle, aménagée au XIXᵉ siècle, est devenue un axe important du développement des Hauts et reliait de nombreux petits bourgs à mi-pente.
Marcher n’était donc pas une activité de loisir comme aujourd’hui : c’était aussi un moyen quotidien de se déplacer.
🐎 Les voitures à cheval avant les moteurs
À partir du XIXᵉ siècle, les transports hippomobiles permettent progressivement de relier les principales villes.
Des diligences transportaient voyageurs et courrier, tandis que les chevaux assuraient une partie des déplacements avant l’arrivée des véhicules motorisés.
Mais le voyage restait soumis à l’état des routes et aux difficultés du relief.
Chaque déplacement demandait davantage d’anticipation.
🚂 Le train change déjà les distances
Avant même que l’automobile transforme l’île, le chemin de fer avait commencé à bouleverser les déplacements.
La ligne reliant Saint-Benoît à Saint-Pierre, inaugurée en 1882, s’étendait sur 126 kilomètres et desservait 13 gares. Elle permettait de transporter à la fois des voyageurs et des marchandises.
Le train introduisait une nouvelle manière de penser l’espace : certaines distances devenaient soudain beaucoup plus accessibles.
🛣️ Des routes encore très différentes
Le réseau routier existait déjà, mais il était loin de ressembler à celui que nous connaissons.
En 1860, La Réunion comptait environ 422 kilomètres de routes, dont seulement 18 kilomètres étaient empierrés.
Les routes étaient donc aussi des ouvrages difficiles à construire et à entretenir, particulièrement dans une île au relief accidenté.
🌴 Une île organisée autour de la proximité
Sans automobile, on ne vivait pas l’espace de la même manière.
Les bourgs, les chemins, les marchés et les lieux de travail structuraient davantage les déplacements quotidiens. Les Hauts se développaient autour d’axes comme la route Hubert Delisle, véritable « épine dorsale » de plusieurs territoires.
La distance n’était pas seulement une donnée géographique : elle déterminait ce qu’il était possible de faire dans une journée.
🚗 Puis la voiture change tout
Les premiers autocars apparaissent au début du XXᵉ siècle, puis les véhicules motorisés prennent progressivement une place croissante. Dans les années 1960 et 1970, le réseau routier est largement bitumé.
Le changement est considérable : se déplacer devient plus rapide, les communes sont davantage connectées et l’organisation du territoire évolue.
Aujourd’hui, la voiture occupe une place majeure dans les déplacements réunionnais : en 2021, 83 % des actifs se rendant au travail utilisaient leur voiture.
🕰️ Ce que cette ancienne Réunion nous apprend
Avant l’automobile, La Réunion n’était évidemment pas immobile.
Elle était simplement organisée autour d’autres rythmes et d’autres moyens de transport.
Les sentiers, les chevaux, le train et les anciennes routes racontent une époque où le territoire se parcourait autrement.
Et lorsqu’on emprunte aujourd’hui une route ou un ancien chemin, il suffit parfois de regarder autour de soi pour imaginer les voyageurs qui, avant les moteurs, avaient déjà appris à traverser l’île.